La transformation des Landes de Gascogne (18e-19e), mise en valeur de la terre comme colonisation intérieure ?

bason-decor3-1.jpg

Article de Julien Aldhuy

Lorsqu’on évoque la mise en valeur des Landes de Gascogne, on pense à la transformation de cette région au 19e siècle par l’extension d’un boisement de pins maritimes suite à un drainage systématique. Cette simplification héritée de l’histoire de l’affirmation de l’Etat-Nation français soulève deux problèmes. Premièrement, elle réduit la transformation des Landes de Gascogne à une histoire locale décontextualisée par rapport aux idées et aux enjeux de l’époque. Deuxièmement, une telle réduction favorise une lecture désocialisée de la production de cet espace car, de la transformation des Landes de Gascogne, on ne retient que les moyens de l’action (le drainage) et son résultat (la forêt de pin). Une telle posture implique une vision dénuée d’acteurs et de rapports de domination entre ceux qui disqualifient l’espace et justifient l’action compensatrice et ceux qui l’habitent. Nous montrerons dans cet article qu’une fois mis en contexte dans le concert des idées de l’époque et une fois la place de ses acteurs restituée, la mise en valeur des Landes de Gascogne peut être envisagée comme une forme de colonisation intérieure.

Article complet        http://confins.revues.org/6351

Conclusion

51L’invention et la mise en valeur des Landes de Gascogne au 19e siècle repose sur la régionalisation d’un imaginaire géographique débridé et dystopique qui entra en résonance avec les idéologies territoriales de l’époque associées aux modalités d’appropriation du sol et à la formation du territoire national français. Grâce à la loi de 1857 sur l’assainissement et la mise en culture des Landes de Gascogne, la colonisation prit la forme d’une forêt de pin qui fut élevée sur les terres communales auparavant indivises. Ainsi, de 1857 à 1887, les deux tiers des terres communales du département des Landes et la moitié de celles du département de la Gironde sont mis aux enchères, à l’avantage des propriétaires terriens et des spéculateurs. À la fin du 19e siècle, l’intérêt des terres communales est finalement reconnu et le droit de propriété collective admis mais la forêt des Landes de Gascogne avait déjà commencé à prendre la forme que nous lui connaissons actuellement celle d’une « Cité des Pins […] élevée, recensée, régentée, embrigadée […] à la conquête du pays des sables » (Gracq, 1974, p. 29)Le recours aux concepts d’imaginaire géographique et d’idéologie territoriale permet de mettre en place une lecture « originale » par rapport à l’histoire régionale habituellement mobilisée à propos des Landes de Gascogne. À une approche factuelle et focalisée sur une seule échelle, nous substituons une démarche qui envisage le contexte de l’invention régionale comme consubstantiel au processus d’invention lui-même. À l’aune d’une telle lecture, il s’avère que ce que l’on considère habituellement comme une « mise en valeur » des Landes de Gascogne, avec toutes les dimensions d’apparente objectivité et de technicité de ces termes, a bien été une colonisation intérieurebergerlandais11.jpg

côp de pès histoire de la gascogne landes La transformation des Landes de Gascogne (18e-19e) colonisation intérieure mise en valeur des landes Forêt des Landes La Teste de Buch Pinus pinaster

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau